design d’interaction, design numérique, design interactif : quelles distinctions ?
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Réflexion – Design d’interaction, design numérique ou encore design interactif sont les termes variants sous lesquels s’incarnent les démarches de design centrées sur le dialogue – les interactions – entre les personnes, les interfaces, les objets et les services informatisés. De légères nuances, essentiellement d’ordres culturel et historique, les distinguent.
La notion de design d’interaction a été introduite par Bill Moggridge au milieu des années 1980 pour devenir, selon ses termes, « l’équivalent du design industriel pour les logiciels ». Elle cherche historiquement à se distinguer des disciplines des Interactions Homme-Machine (IHM) et des facteurs humains par une volonté de produire des innovations plus en rupture. Initialement, le design d’interaction renvoie à la relation entre design industriel et design d’interface logicielle. Il s’appuie comme le design industriel des méthodes de conception centrées sur l’utilisateur. Dans cette analogie, Bill Moggridge rend concomitante l’idée d’un certain plaisir de l’interaction informatique avec celle du plaisir esthétique procuré par la démarche de design.
Au début des années 2000, Gillian Crampton-Smith prolonge cette définition du design d’interaction en le replaçant dans sa brève histoire et en insistant sa vocation à humaniser les technologies pour les placer à la portée des usages quotidiens des personnes. Elle énonce 5 grandes qualités dont doivent être dotés les produits ou les services numériques : facilité d’utilisation (usability), utilité, satisfaction, sens et sociabilité.
Dans la définition la plus contemporaine du design d’interaction, notamment celle d’IxDA (Interaction Design Association) l’accent est placé sur la définition de la structure et de la formalisation du comportement des objets. Dans ce contexte, son champ d’action ne se limite plus aux objets technologiques.
La notion de design numérique – thématisée par Jean-Louis Fréchin à la fin des années 1990 – se veut beaucoup plus holistique (englobante) et s’articule autour d’une multitude d’enjeux et de valeurs anthropologiques : social, culturel, économique, politique et technologique. Elle côtoie la notion de « nouveau monde industriel », faisant référence à la généralisation des technologies numériques dans la conception des produits et des services et plus largement dans la société. Comme le design d’interaction, elle décrit « l’application du processus du design sur les nouveaux objets « connectés » issus des technologies de l’information et de la communication. »
Pour Stéphane Vial, dans Court traité du design (PUF, 2010), il renvoie à une « activité créatrice consistant à concevoir des expériences-à-vivre à l’aide de formes interactives produites dans des matières informatisées et organisées autour d’une interface ». Sur le plan théorique, Stéphane Vial ne retient pas de distinction entre design d’interaction et design numérique.
Le design interactif, lui, désigne en fait, pour reprendre Philippe Quinton la mise en œuvre « des potentialités interactives des médias informatisés à travers une synergie communicationnelle entre un dessin et un dessein pour penser et construire une relation, un processus de communication qui suscite la participation physique et mentale de son destinataire [...] ». S’il est davantage employé pour décrire tant des interfaces logicielles, web que des objets connectés, il semble moins marqué idéologiquement et cherche davantage à décrire les modalités du dialogue homme / interface.
Benoît Drouillat, mars 2011
Billet publié initialement sur www.drouillat.com





