Henri d’Anterroches (TheBlastMachine) : « un designer interactif (…) gagne des parts de marché pour les projets qu’il conçoit »
Interviews
Henri d’Anterroches est directeur associé de l’agence TheBlastMachine, spécialisée dans le design de dispositifs de communication en ligne. Ensemble, nous évoquons l’évolutions des demandes de design des clients et le design éditorial, en particulier sur les nouveaux terminaux. Propos recueillis par Benoît Drouillat.
Comment voyez-vous évoluer les demandes de design de vos clients en 2010, par rapport aux années précédentes ?
2010 signe un véritable retour de la demande de contenus de marque, le design s’affirme en ce sens.
Nous analysons l’ensemble au regard de l’arrivée des tablettes qui induisent de nouveaux comportements de lecture et ouvrent également des moments inédits d’accès à la consultation de contenus numériques. Par ailleurs, le design doit aussi ruser avec les contraintes technologiques des plateformes sur lesquelles nous développons, l’ensemble de nos métiers : créatif, technologique et éditorial s’intègrent aujourd’hui dans une approche globale et plus industrielle.
TheBlastMachine revendique une méthodologie issue des grands cabinets d’architecture. Jusqu’où peut s’étendre la métaphore de l’architecture dans la démarche de design interactif ?
Un bureau de designers interactifs, c’est une équipe d’architectes de l’information (DA, concepteur et directeur technique) qui cherche, conçoit, modélise (wireframes graphiques ergonomiques et spécifications techniques), maquette, puis prototype. Tout le travail de l’équipe est focalisé sur la définition des meilleurs compromis pour une expérience interactive idéale pour le visiteur.
C’est autour de l’équipe de développement de fabriquer et tester le programme avant de passer le relais à l’équipe de production qui lance puis maintient l’application, la mesure et l’optimise en fonction de l’audience.
Un designer interactif ne se soucie pas seulement de gagner les prix du Club des directeurs artistiques, il gagne des pourcentages de part de part de marché pour les projets qu’il conçoit.
C’est ce processus d’analyse des codes génétiques de la marque et des besoins clients, de création et d’étude technique puis de réalisation et de mesure d’audience qui apparente le designer interactif aux cabinets d’architecture.
Trouvez-vous que la « mise en scène de l’information » soit un aspect suffisamment développé aujourd’hui par les marques sur le Web ?
Les marques sont encore loin d’avoir compris l’impact des leviers d’une information de qualité sur le Web, mais nous entrons dans une ère du contenu portée notamment par de nouveaux outils numériques et sa diffusion omniprésente. Les usages évoluent très vite, les dispositifs officiels de la marque ne suffisent plus : trop de personnes prennent la parole sur les produits, les services ou la marque. Il est temps d’investir de nouveaux territoires… de se positionner en ressource de contenus pour les nombreuses familles du Web : blogueurs, forum, webzine, réseaux sociaux, média… il est temps de distiller l’information, de jouer avec les relais d’opinion, de créer de la relation avec l’opinion elle-même, sans jamais croire qu’on pourra la manipuler !
Quels sont les enjeux de design dans le genre du magazine interactif, un format que vous privilégiez ?
Les magazines sont un contre-pouvoir ! Concevoir une structure magazine c’est : construire ses propres ressources éditoriales pour créer des valeurs, alimenter ses cibles en contenus, séduisants et argumentés, disposer d’éléments de contre-pouvoir pour rester maître de sa communication. Les enjeux du design sont capitaux tant au niveau de la forme, du contenu, de l’accès à l’information que des angles de traitement de l’information.
Quelle est selon vous l’implication pour le design de la fragmentation des usages entre plusieurs écrans (web, mobile, tablettes, etc.) ?
La démultiplication des canaux donnant accès à internet ne cesse de croître : le PC, le mobile, le smartphone, les tablettes, la télévision… sans compter les supports comme le Web, l’e-mail, l’e-shop, le réseau social… C’est un enjeu fondamental pour le design qui doit adresser toutes ces formes et toutes les configurations de lecture afférentes. La fragmentation des usages entre toutes les plateformes induit une narration globale, chaque canal de communication disposant de ses propres règles pour : présenter l’information, naviguer dans les contenus, exposer à sa façon l’identité de la marque, accueillir le client. Ignorer ces règles d’expression rend impossible toute démarche créative et qualitative, et néglige l’utilisateur, donc la performance.
Être créatif, c’est surtout être pertinent vis-à-vis de son public, autrement dit avoir compris ses besoins, ses désirs et ses usages.
Cette interview a été initialement publiée dans le guide 100 agences qui font la création interactive en France (octobre 2010)
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