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Nicolas Gaudron et Virginia Cruz, IDSL

Interviews

Nous avons rencontré il y a quelques temps Nicolas Gaudron et Virginia Cruz, d’IDSL, une agence de design produit et de design de service spécialisée dans les Interactions Homme Machine (IHM) et agence de conseil en innovation et nouvelles technologies. Ils se sont prêtés à une interview et ont partagé avec nous leur vision du design d’interaction.

Quelle est votre formation initiale ?

Nicolas : Je suis designer produit et d’interaction, je suis diplômé d’un BTS de design industriel à Olivier de Serres, d’un Bachelor of Arts à Birmingham et d’un Master of Arts en design produit au Royal College of Art à Londres où je me suis spécialisé dans le design d’interaction.

Virginia : Après une formation d’ingénieur à l’Ecole Polytechnique et l’Ecole des Mines de Paris en ingénierie de la conception, j’ai fait un Master of Arts en design industriel au Royal College of Art à Londres.

Quel est votre parcours professionnel ?

N. : J’ai travaillé chez IDEO aux Etats-Unis à Palo Alto comme designer d’interaction. J’ai travaillé à l’INRIA (Institut National de Recherche en Informatique et Automatique) dans l’équipe In-Situ, notamment sur un nouveau protocole de communication pour un projet de recherche européen pendant 2 ans. J’ai ensuite travaillé au design Renault sur des sujets transverses d’IHM pour le département prospective et concept-cars. Puis j’ai créé la société IDSL il y a 3 ans.

V. : J’ai des expériences variées en tant qu’ingénieur : de l’analyse de peintures préhistoriques au Laboratoire de Recherche des Musées de France au Louvre à de l’innovation process sur les cycles de conception dans l’industrie du luxe en France et de l’innovation produit dans les produits électroménagers en Suède. J’ai ensuite poursuivi dans le design d’interaction et de service avec plusieurs expériences, sur les vêtements intelligents chez Sony, une installation interactive pour la Sacred World Foundation (think tank recherche et design en Inde) et enfin 4 ans chez France Télécom R&D / Orange Labs en France sur divers sujets : projets de recherche sur l’intelligence ambiante, wearables, prospective de services mobiles, projets plus appliqués d’innovation service et projets de stratégie design groupe Orange. J’ai rejoint IDSL en 2008 comme designer d’interaction et de service.

Quels sont vos principaux domaines d’intervention ?

N. : La société IDSL accompagne ses clients sur leurs problématiques d’innovation par une méthodologie issue du design d’interaction et de service, centrée sur l’humain. Nous travaillons dans différents secteurs d’activités sur des projets très variés, allant de sujets de prospective à des projets beaucoup plus appliqués. Parmi nos clients nous avons des laboratoires de recherche public et privés sur des problématiques diverses comme par exemple la conception et le développement de nouvelles interfaces, mais aussi l’exploration éthique, culturelle et sociale de technologies émergentes comme les nanotechnologies. Nous avons aussi de grands groupes industriels que nous accompagnons par exemple dans la structuration de leur stratégie d’innovation et leurs programmes de prospective de services. Mais nous rencontrons aussi des PME, des acteurs de l’innovation sociale, publics et privés.

V. : Le dénominateur commun est l’approche méthodologique. La richesse des sujets et des contraintes entre des réflexions prospectives et des projets court terme est très importante pour nous et pour nos clients. Elle apporte sur les sujets plus appliqués, en complément du travail de conception, une vision des évolutions à venir et permet d’intégrer dans le design des services, systèmes et/ou produit(s) des innovations court terme qui préparent ces évolutions. Sur des sujets plus prospectifs, l’expérience des contraintes de l’aval aide à la transformation des explorations en applications qui font sens pour les gens et pour l’entreprise dans son business actuel ou dans ses évolutions possibles. Elle permet aussi de proposer des outils adaptés pour communiquer en interne les concepts et l’expérience proposée, et faire le relais avec les différentes entités dans les process de développement.
On accompagne les clients sur comment mettre en pratique et structurer leur démarche d’innovation par l’organisation de workshops par exemple,

N. : par de la formation aussi. On teste comment notre méthodologie s’applique et s’adapte sur des sujets non « technologiques ».

V. : Oui, on combine des champs traditionnels du design d’interaction qui traitent de tout ce qui se situe dans l’espace des interfaces écrans toutes dimensions (petits, mobiles jusqu’à très grands, par ex. : murs d’images), des produits interactifs et des problématiques plus larges qui sont plus proches du design d’interaction au sens de « designer des interactions » qui touchent à du design de service, à des sujets de stratégie d’entreprise, d’innovation sociale, d’implication des citoyens dans les débats autour des nouvelles technologies etc.
En termes de productions, on touche donc à des champs très variés parce que, par définition, on n’est pas sur un support particulier. Suivant la problématique du sujet, on travaille sur des media différents : du design d’interface écran (architecture, principes d’interaction, graphisme), du design produit, à la fois design produit traditionnel (industriel) mais aussi interaction produit donc la partie comportements…

N. : … avec une forte imbrication entre l’esthétique et le comportement de l’objet. On utilise différentes techniques de maquettage : carton, physique, plateformes de prototypage électronique, informatique …

V. : et tout ce qui touche au design de service, prototypage d’expérience, scénarisation, vidéos, scénarios illustrés, animés. Et la réalisation de tout type de support physique, numérique, interactif ou pas, comme outil projet pour les équipes (pour les workshops par exemple) en complément de la proposition méthodologique.

Combien de personnes travaillent au design dans votre agence ?

N. : Aujourd’hui nous sommes 2 permanents. Et suivant les besoins projets, on s’appuie sur un réseau de partenaires externes pour des expertises techniques très spécifiques. A horizon 2011, on est dans une optique de recrutement.

Quelles sont pour vous les principales tendances émergentes, en termes d’interaction, dans le champ du design numérique ?

N. : En terme de technologies et d’interaction plutôt classiques, on note un changement fort avec l’arrivée sur le marché grand public des tablettes tactiles, de la réalité augmentée (codes barres 2D, RFID) et des écrans 3D qui sont des technologies mûres et économiquement abordables.

V. : Les interactions gestuelles en 2D et 3D aussi. Dans le domaine des applications, l’ouverture à une communauté de « développeurs » non restreinte aux équipes internes, change les choses par rapport aux modes de raisonnement en OS fermés. Aujourd’hui cela touche principalement le numérique mais cela diffuse aussi dans l’univers des produits avec les Fab labs, et les communautés DIY en électronique.
Il y a aussi d’autres tendances émergentes dans le champ du design numérique mais qui ne sont pas liées à un mode d’interaction défini, tout ce qui est communautaire, 2.0. qui est fortement porté par le design numérique, mais qui change surtout les écosystèmes et les interactions entre acteurs et peut bouleverser les modèles économiques, les modèles de distribution etc.

Quel est pour vous le projet de design numérique qui vous a le plus marqué dernièrement ?

N. : Pas dernièrement mais avec les sorties de l’iPhone et la console de jeu Wii, les entreprises se sont ouvertes aux réflexions sur les nouvelles manières d’interagir avec les objets et les contenus autres que les boutons traditionnels. Auparavant, ces projets existaient dans les laboratoires de recherche mais les entreprises étaient assez fermées aux réflexions sur ces thèmes-là.

V. : Il y a aussi le mouvement autour des Organic User Interfaces qui structure des programmes de recherche actuels et formalise des expérimentations antérieures. Cela marque une étape importante où l’interaction sort de l’écran avec l’animation dynamique des surfaces, la « peau » des objets qui bouge, des objets qui changent de forme, se reconfigurent.
C’est une question difficile car pour nous l’interaction va bien au-delà du numérique, donc il y a bien d’autres projets marquants au-delà du matériau numérique…

Selon vous, quelles sont les personnalités les plus influentes dans le design numérique ?

N. : Durrell Bishop, un des pionniers du design de comportement des objets avec notamment le Marble Answerphone, et Anthony Dunne avec le « critical design ». J’ai eu la chance de les avoir comme professeurs.

V. : et Anthony Dunne aussi pour son travail dans l’enseignement, comme directeur du département Design Interactions du Royal College of Art à Londres.

N. : Dans le design d’interaction, un autre pionnier au niveau industriel est Bill Moggridge, l’un des trois fondateurs d’IDEO, et au niveau académique Gillian Crampton Smith qui a créé le département et centre de recherche Computer Related Design (aujourd’hui Design Interactions) au Royal College of Art à Londres et l’IVREA en Italie,

V. : et qui a beaucoup développé le design de service. Ceux ne sont peut-être pas les noms qui apparaissent le plus mais on leur doit une grande partie de ce qui se passe aujourd’hui dans l’interaction.

N.
: On parlait juste avant des Organic User Interfaces, il faut donc aussi citer dans le monde de la recherche actuelle Jun Rekimoto, Sony CSL Interaction Lab à Tokyo, Ivan Poupyrev aujourd’hui chez Disney, Hiroshi Ishii au MIT Media Lab. Mais aussi les travaux du Fluid Interfaces Group dirigé par Pattie Maes au MIT Media Lab.

V. : Ces nouvelles formes d’interaction questionnent aussi nécessairement les objets/interfaces et l’approche du design de certaines équipes reste très actuelle et influente comme Charles and Ray Eames, Dieter Rams et plus récemment Naoto Fukasawa, même si l’étiquette « numérique » n’est pas employée.

N. : et on est obligé de citer Apple, Steve Jobs et ses équipes.

V.
: Dans l’interactivité, il y a aussi Art+Com à Berlin, et notamment Jussi Ängeslevä, mais la liste s’allonge…

Le site web d’IDSL : www.id-sl.com

Publié le 14 mai 2010

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