Lucas Grolleau, designer sonore : « On va vers une reconnaissance qualitative de la consommation du son et du design sonore. »
Interviews
3 questions à Lucas Grolleau, designer sonore et membre de *designers interactifs* depuis 2008. Lucas Grolleau a fondé à cette même date Sounds Good Music, studio de création sonore et de sound design basé à Paris.
1/ Lucas, quel est votre parcours ?
Je suis franco-suisse, mes parents étaient managers d’hôtel, j’ai du coup grandi à travers le monde, un élément de construction très important pour moi. Par la suite, j’ai pu poursuivre des études de management en Suisse à HEC Lausanne tout en étant musicien et en travaillant dans un studio d’enregistrement professionnel. Diplôme en poche, j’ai participé à la « green card lottery » américaine que j’ai obtenue. Je suis donc parti à New-York où j’ai vécu pendant 5 ans. A force de persévérance, j’ai réussi à intégré des studios de production. Là-bas j’ai travaillé avec des spécialistes du graphisme animé qui m’ont ouvert au monde du sound design, parallèlement, je menais de front deux projets de groupes musicaux. De retour à Paris en 2008, j’ai fondé Sounds Good Music.
2/ Sur quels types de projets de design sonore travaillez-vous ?
Sur des projets « corporate » et surtout liés au web. Internet est aujourd’hui vecteur de nombre d’autres médias, je travaille donc aussi sur des vidéos, des films, jeux et autres objets tactiles. D’une manière générale, j’aime que le son que je produis ait un grain, qu’on sente la matière acoustique derrière, qu’elle soit façonnée et sculptée avec soin. J’aime donc produire des ambiances sonores, musicales ou non, qui plongent la personne dans un univers étudié. Cela peut être des sites événementiels où le son en soi constitue un événement ; des applications smartphone dans lesquelles la musique stimule la navigation ; des vidéos aux effets sonores étudiés et empreints de réalisme. J’aime l’idée de prolonger, au-delà du visuel, l’expérience vécue par l’auditeur, qu’il se crée sa propre expérience cinématographique et interactive en assemblant les images et le son. Vous savez, quand on est dans un train et que la musique qu’on écoute se cale, l’espace d’un instant, sur les paysages, c’est exactement cette expérience que je recherche dans mon travail. En cinéma on parle de points de synchronisation. J’enseigne par ailleurs dans plusieurs formations la création sonore et j’interviens dans des conférences sur le design sonore, comme à Lift par exemple.
3/ Comment voyez-vous évoluer actuellement le design sonore ?
D’un point de vue technique, l’arrivée des tablettes tactiles et autres contrôleurs est une vraie révolution. Le geste, le toucher reprend du poil de la bête. Les sens et le mouvement vont, de plus en plus, dicter la machine et je trouve que c’est un juste retour des choses. Par ailleurs d’un point de vue créatif, internet est un outil collaboratif inouï. Quand on pense à l’évolution de l’enregistrement sonore depuis les 50 dernières années, on est passé des premiers ingénieurs du son qui étaient des scientifiques en blouse blanche à aujourd’hui, le fait qu’on puisse échanger sur des plate-formes musicales collectives de création de free-wares et autres « patchs ». Les possibilités de création sont infinies.
Au niveau du son sur le web, nous avons longtemps été stigmatisé par la boucle sonore qui ne s’arrête plus et qui finit toujours par pertuber la navigation, mais on s’en sort. Le son devient plus sophistiqué. Plusieurs raisons à cela, le déplacement des annonceurs de la télé au profit du web donc une certaine prise de conscience de l’importance de l’expérience web, le caractère portable de la consommation d’internet via les smartphones et autres iPads, qui permet de vivre cette même expérience dans une certaine intimité, notamment dans l’intimité de son casque audio. Avez-vous remarqué que le marché du casque est en train d’exploser ?







