Patrick Avril (Use Design) : « nous voulons que le design soit avant tout une posture : celle de la recherche de solutions à des problématiques concrètes »
Interviews
Use Design est une agence de design d’interface et de design d’interaction. Patrick Avril, son directeur, a répondu à nos questions sur le métier de l’agence et sa vision du design d’interaction.
Comment décririez-vous le positionnement du design au sein de l’agence ?
Le design fait partie intégrante de notre ADN. Il nous identifie par le nom de l’agence « use design » et par notre expertise première « le design d’interface/ interaction ».
C’est une volonté dès l’origine de mettre en avant ce mot comme un état d’esprit, une doctrine. Plus que toutes les définitions du design que nous pourrions trouver, nous voulons que le design soit avant tout une posture : celle de la recherche de solutions à des problématiques concrètes grâce à la créativité, l’ouverture d’esprit, la collaboration, et le soucis de l’autre.
Comment travaillent les équipes de design de l’agence ? Comment sont-elles organisées ?
L’agence est composée de collaborateurs qui se positionnent comme des concepteurs d’expérience utilisateur. Tantôt graphiste, designer, ou ergonome, ils n’ont pour objectif que de trouver des solutions et de donner à voir. Peu nous importe le profil ou le parcours, nous essayons de construire une vision d’entreprise avec de multiples savoir-faire. Qu’ils viennent des arts appliqués ou des arts plastiques, du monde de l’ingénierie ou du management, ils sont avant tout des créateurs d’interface/interaction qui seront à même de conseiller, de proposer, de démontrer et de réaliser les meilleurs solutions à destination de nos clients et des utilisateurs finaux de nos interfaces. Tous ont cette sensibilité de l’utilisateur, et cette envie d’en améliorer le quotidien. Ils travaillent seuls ou en groupe en fonction des projets et des étapes. La relation entre les collaborateurs est essentielle, tout comme la relation client que nous privilégions à tous les stades d’une étude.
Quelle place accordez-vous dans vos projets à la méthodologie ?
La méthodologie est essentielle pour mener à bien n’importe quel projet. Mais nous devons être souple afin de nous adapter au besoin de nos clients et aux finalités de chacun de nos projets. J’ai toujours été convaincu par la méthodologie UCD (User centered design) et j’ai souhaité en faire le fondement de l’agence. Cependant entre la théorie et la pratique (en particulier du marché français), il nous a fallu l’adapter aux contraintes d’un marché en plein essor (et donc peu mature à l’origine de l’agence en 2002-2004). Ces contraintes fortes portant essentiellement sur les plannings, les budgets, et la capacité de nos clients à nous mettre en relation avec les utilisateurs.
Depuis 2 ans environ les choses ont évoluées et nous pouvons pleinement mettre en place notre méthodologie essentiellement basée sur le collaboratif et l’itératif. Collaboratif, car un produit/service résussi ne l’est que par le mix adéquat des expertises de chacun. Itératif, car pour avancer il faut proposer, montrer, valider ou ajuster, encore et encore.
Nous partons des utilisateurs (activités, besoins, contextes) pour proposer une vision macro de l’expérience que nous imaginons (parcours utilisateur) pour la définir au fur et à mesure jusqu’au niveau le plus micro (le dessin du pictogramme, par exemple).
Chaque client, chaque projet est pour nous l’occasion de vérifier et d’adapter cette méthodologie. Nous n’avons pas de dogmes sur les solutions à proposer, ni sur les moyens pour y parvenir.
Comment confrontez-vous la démarche de design au développement de solutions technologiques innovantes ? Comment s’articulent ces deux aspects d’un projet ?
La notion de « solutions technologiques innovantes » est très vaste. Dans beaucoup de domaines (surtout métier), changer ses habitudes est une innovation, une source de questions, voire de resistance. Proposer une solution technologique innovante n’est donc pas forcément le dernier produit high-tech ou la dernière interface de réalité augmentée…
Pour chaque projet nous analysons la capacité des utilisateurs à envisager ce changement et à considérer quel bénéfice ils en tireront. Ce bénéfice doit être visible, palpable et donc utilisable immédiatement. Parfois, c’est un petit pas (une interaction qui n’existait pas dans ce domaine), d’autres fois il est nécessaire de pousser une rupture en termes d’interface ou de technologie.






